jeudi, 25 décembre 2008

Quand les mamans deviennent chefs d'entreprise Suivant un modèle importé des États-Unis et du Canada, ces mères de famille profitent de leur grossesse pour changer de vie et travailler souvent dans le domaine de la petite enfance

La pression du marché, le talonnement de la hiérarchie et le ronron des réunions marketing sont désormais derrière elle. À 30 ans, Marie, sémillante «chef de produit » de l'industrie pharmaceutique, a décidé de changer de vie. C'était en janvier, quatre mois après son retour dans l'entreprise, après un événement de taille : sa première maternité. «Entre la performance au bureau et la disponibilité pour mon fils, j'étais tiraillée de tous les côtés et nourrissais une culpabilité sur tous les fronts, pas de quoi s'épanouir !», confie-t-elle. Reconvertie dans le conseil financier pour son propre compte, elle arrive désormais «à concilier sereinement ses envies professionnelles et ses besoins maternels ».

«Un quotidien harmonisé»

Comme Marie, elles sont de plus en plus nombreuses à changer de vie pendant une grossesse ou après une naissance. Une vraie tendance qui concerne aujourd'hui des milliers de jeunes mamans en France et qui, outre-Atlantique, est devenue en dix ans un phénomène de société d'ampleur. Baptisé «Mompreneurs » dans l'Hexagone, ce courant ne compte pas moins de 820 000 mères entrepreneurs au Canada et génère quelque 10 milliards de chiffre d'affaires par an aux États-Unis.

En France, le phénomène «en pleine expansion depuis septembre » n'en serait qu'à ses balbutiements, selon Anne-Laure Constanza, importatrice de cette vague, et fondatrice de Mompreneurs.fr, un réseau qui se veut à la fois un centre d'observation et un outil de promotion et d'aide à la création d'entreprise. «2009 sera un tournant, assure-t-elle. L'entrepreneuriat au féminin va se trouver très favorisé par le boom du e-commerce, par l'extrême facilité à créer son site Internet en quelques clics et, enfin, par l'entrée en vigueur du statut de l'auto-entrepreneur, lancé par le secrétaire d'État chargé du Commerce. » Pas sûr pour autant que les Françaises rattrapent rapidement leur retard : alors que 50 % des TPE-PME américaines sont dirigées par des femmes, seules 28 % le sont en France. Selon cette jeune mère de famille, autrefois responsable du marché chinois pour des maisons de couture françaises, les femmes ont envie de se trouver une autre voie, à mi-chemin entre la mère au foyer à l'ancienne et la business woman corporate des années 1990. «Aujourd'hui, elles veulent plus que réussir, elles veulent réussir leur vie », affirme-t-elle.

«La maternité ouvre les yeux et recentre sur l'essentiel, explique Dominique Lesueur, psychologue. L'enfant devient prioritaire, tout comme la qualité de vie en général et celle au travail en particulier. On veut vivre mieux, dans un quotidien harmonisé.»

Souvent le déclic semble se faire après le deuxième enfant, comme pour Catherine Leroy qui, enceinte de son troisième bébé, a monté Le Répertoire de Gaspard, une agence de gardes d'enfant à domicile. «J'ai mis à profit un long congé maternité pour réfléchir à un projet qui répondrait aux besoins et aux attentes de mamans comme moi », explique cette ancienne salariée en communication. La moitié de ces nouvelles sociétés ont un lien avec la petite enfance quand la seconde concerne un tout autre type d'activité. Dans tous les cas, «ce n'est pas un hobby de desperate housewife , défend Anne-Laure Constanza qui est en train d'organiser le prix de la Mompreneur 2009, la femme française bosse et a envie de bosser, toute mère qu'elle est ! »

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