dimanche, 18 mai 2008

Jeux de Pékin : un handicapé admis chez les valides

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Oscar Pistorius lors d'un 400 m avec les « valides », le 13 juillet 2007 au meeting de Rome. (AFP)
Oscar Pistorius lors d'un 400 m avec les « valides », le 13 juillet 2007 au meeting de Rome. (AFP) Crédits photo : AFP

Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a estimé hier que le Sud-Africain Oscar Pistorius, double amputé des jambes, était éligible aux épreuves « valides » et pouvait théoriquement participer aux JO.

UN COUREUR sans rate a la réputation de courir vite. Mais un coureur sans jambes ? Le jeune athlète Sud-Africain Oscar Pistorius a déjà démontré, sur la piste, que c'était possible. Aux Paralympiques d'Athènes, en 2004, Oscar avait remporté la médaille d'or sur 200 mètres et celle de bronze sur 100 mètres.

Mais le jeune homme, né sans péroné et amputé des deux jambes à l'âge de onze mois, se sent tout sauf handicapé. Il a toujours vécu avec des béquilles, a pratiqué quantité de sports, dont le tennis et le rugby. C'est même à cause d'une blessure au rugby qu'il est venu à la course à pied. Ce qu'il veut, c'est courir avec les autres, tous les autres.

Il l'a d'ailleurs fait, l'an dernier, aux meetings de Rome et de Sheffield. Déjà, à l'époque, de nombreuses voix s'élevaient, parmi les valides, pour dire que Pistorius était « avantagé ». Prudente, la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), attendait les résultats d'études scientifiques pour statuer. Mais en janvier dernier, le couperet tombait. Sur la foi d'une « étude scientifique indépendante » (voir encadré), l'IAAF interdisait à Oscar de s'aligner aux départs des courses réservées aux « valides ». Motif : les lames en carbone qu'il utilise, les « Cheetah Flex-Foot », lui permettent d'économiser de l'énergie par rapport aux chevilles « normales ».

Étude contestée

Un mois plus tard, les avocats de Pistorius déposaient un recours de cette décision devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), en s'appuyant sur « un dossier très solide » grâce aux études effectuées par sa propre équipe de scientifiques. Selon eux, « plusieurs instituts américains (…) ont répondu qu'ils n'étaient pas forcément d'accord avec les résultats des tests » du laboratoire allemand.

Il semble en particulier que les tests réalisés par l'équipe dirigée par Hugh M. Herr, professeur au MIT (Massachusetts Institute of Technology), affirmant que le sprinter n'était pas avantagé par rapport aux athlètes valides, aient convaincu les membres du Tribunal.

Créé en 1984 et placé sous l'autorité du Conseil international de l'arbitrage en matière de sport (CIAS), le TAS est une institution indépendante qui compte près de 300 arbitres de plus de 80 pays différents.

Dans leurs conclusions, les arbitres du TAS ont indiqué ne pas être convaincus de l'existence d'un avantage métabolique. Ils ont par ailleurs considéré que « l'IAAF n'avait pas apporté la preuve que les effets biomécaniques de l'usage d'une telle prothèse donnaient un avantage à Oscar Pistorius par rapport aux autres athlètes n'utilisant pas un tel équipement. » La décision du TAS, prise à l'unanimité, prend effet immédiatement.

Pour autant, Oscar Pistorius n'est pas encore qualifié pour le 400 mètres individuel des JO de Pékin. Il lui faut pour ça réaliser le minimum olympique, à savoir 45,95 secondes, voire 45''55 si un autre athlète sud-africain passait en dessous des 45''95. Or, Oscar en est loin, puisque son record personnel est de 46''56.

JO + Jeux paralympiques ?

Certes, il a officiellement jusqu'au 23 juillet pour réaliser cette performance. Y parviendra-t-il, rien n'est moins sûr. Comme on peut l'imaginer, toutes ces péripéties ont contrarié sa préparation. Mais pour Oscar, qui avoue avoir « du mal à cacher son sourire », peu importe. « J'ai l'opportunité de poursuivre mon rêve d'Olympisme, si ce n'est pas en 2008, ce sera en 2012 », déclare le jeune athlète.

Mais même au cas où Oscar ne parviendrait pas à réaliser les minima pour les Jeux de Pékin, les sélectionneurs sud-africains pourront inclure l'étudiant de l'université de Pretoria dans l'équipe du relais 4 × 400 m. Pistorius n'aura pas besoin de se qualifier et pourra faire le voyage à Pékin en tant que remplaçant. Six coureurs peuvent être retenus pour l'équipe de relais.

Mais s'il participe aux Jeux des valides, Pistorius a également l'intention de s'aligner aux Jeux paralympiques, qui se tiendront dans la capitale chinoise du 6 au 17 septembre. Oscar Pistorius n'a peut-être pas de jambes, mais il a les dents longues.

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