mardi, 13 mai 2008

Des milliers de morts dans un séisme en Chine

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Une équipe de secours extrait une rescapée des décombres d'une école, à Juyuan, mardi.
Une équipe de secours extrait une rescapée des décombres d'une école, à Juyuan, mardi. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Le dernier bilan provisoire est de 10.000 morts, mais la violence du tremblement de terre fait redouter le pire aux équipes de secours qui sont parvenus mardi vers l'épicentre.

La Chine a été frappée lundi par le tremblement de terre le plus violent et le plus meurtrier qu'elle ait connu depuis plus de trente ans, avec un bilan provisoire près de 10 000 morts qui ne cesse de s'alourdir. «La situation est plus grave que nous l'avions estimé précédemment», déclarait lundi soir le premier ministre Wen Jiabao, sur place.

Le séisme, d'une magnitude de 7,8 sur l'échelle de Richter, s'est déclenché à 14 h 28 (8 h 28 à Paris) au sud-ouest du pays. Il a trouvé son épicentre au nord de la province du Sichuan et sur les contreforts du plateau tibétain, dans le district de Wenchuan. Avec ses répliques, il a été ressenti à des milliers de kilomètres, jusqu'à Pékin, Shanghaï, Taïpeh, la Thaïlande et le Vietnam. L'intensité est la même que celle du tremblement de terre de Tangshan, considéré comme l'un des plus grands cataclysmes de l'histoire : le 28 juillet 1976, au crépuscule de la Révolution culturelle, il avait fait 240 000 morts officiellement et probablement trois fois plus.

Lundi en fin d'après-midi, alors que le bilan commençait à s'allourdir, le président Hu Jintao a ordonné une mobilisation maximale des secours. Le premier ministre Wen Jiabao avait d'abord évoqué «un désastre». L'armée populaire de libération a été dépêchée dans la région. Au chaos des transports s'ajoutait un encombrement général du réseau téléphonique, saturé par les appels de parents et amis inquiets pour leurs proches.

L'étendue de la catastrophe restait difficile à cerner dans la nuit, mais trois coups de projecteurs conduisent à redouter le pire. Le séisme a fait de 3 000 à 5 000 morts et 10 000 blessés dans un seul district du Sichuan, celui de Beichuan, non loin de l'épicentre, d'après l'agence Chine nouvelle. Près de 80 % des constructions y ont été détruites. Dans la municipalité voisine de Dujiangyan, 50 lycéens ont été tués et plus 800 autres restaient ensevelis sous les décombres de leur établissement, selon la même source (voir ci-dessous). Dans la ville, des «rangées entières de maisons» se seraient écroulées. Non loin de là, à Shifang, deux usines chimiques se sont effondrées, ensevelissant des centaines d'employés. Une fuite de 80 tonnes d'ammoniaque a conduit à l'évacuation de 6 000 riverains sous le choc.

Inquiétude pour le barrage des Trois Gorges

Chengdu, capitale du Sichuan, située à 150 km au sud de l'épicentre, a été secouée mais n'a pas, semble-t-il, connu de destruction massive. L'eau y est coupée, comme l'électricité. Beaucoup des 11 millions d'habitants ont vu leurs vitres brisées. La télévision a montré la foule descendue dans la rue pour la nuit, mais pas de blessés, sauf une femme au visage en sang. L'aéroport de la ville est fermé et les liaisons ferroviaires ont été volontairement interrompues.

Chongqing, métropole industrielle de 15 millions d'habitants située 300 km plus à l'est, a aussi ressenti le séisme. Pour ses habitants, l'effet a été amplifié par un urbanisme vertical, comme à Pékin et à Shanghaï : le sommet des tours a oscillé vertigineusement pendant de longues secondes. Il y a eu panique, mais pas de dégâts importants, selon les médias chinois. Le trafic a été stoppé, pour inspection, sur les nombreux ponts et autoroutes surélevées qui desservent le cœur de l'agglomération.

Le barrage des Trois Gorges n'aurait pas non plus souffert du tremblement de terre. Sa retenue de 600 km sur le Yang Tsé commence à Chongqing, au pied de la falaise. Le plus grand ouvrage hydroélectrique de la planète se trouve à plus de 1 000 km à l'est de l'épicentre, dans la province du Hubei. Certains experts lui reprochent d'ajouter au risque, par son poids, dans une région à forte sismicité. Les chiffres provisoires livrés lundi provenaient pour l'essentiel de grandes villes, certaines éloignées de l'épicentre. Il fait peu de doute que le bilan est destiné à s'alourdir lorsque les secours gagneront le cœur du séisme, dans les zones montagneuses et difficiles du nord-ouest du Sichuan. L'une des inquiétudes se focalise sur la solidité des nombreux barrages qui captent les eaux, au sortir du plateau tibétain. À ce point d'interrogation s'ajoute une dimension politique : la région est peuplée de Tibétains, comme la préfecture autonome de Ngawa et Qiang, où se trouve l'épicentre. Cette région a connu des troubles après l'émeute de Lhassa à la mi-mars. Elle est pratiquement bouclée par la police depuis deux mois.

À 90 jours des JO de Pékin, la Chine et ses chefs sont une fois de plus à l'épreuve. Le premier ministre Wen l'a dit lundi en appelant «au calme, au courage et à la confiance envers un gouvernement fort». Les Chinois, très superstitieux, y verront plutôt un signe de mauvais augure : tout tremblement de terre fait vaciller le pouvoir et son «mandat du Ciel». En 1976, Tangshan avait précédé de 43 jours la disparition de Mao.

VIDÉOS

Les habitants du Sichuan se ruent hors des bureaux et se retrouvent au milieu des rues :

Resté à l'intérieur, un homme s'est réfugié sous une table, les objets qui tombent sur le sol témoignent de la violence des secousses :

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